Assem Akram

عاصم اکرم

Books - Bio - Gallery- Articles - Home - Contact

 

L’Actualité religieuse, Janvier 1997

 

Afghanistan : Une antidote à l'idéologie

Pour marquer leur entrée a Kaboul, en septembre 1996, les Talibans ont procédé à un acte hautement symbolique : ils ont pendu des centaines de téléviseurs sur les places publiques. Déconcertés dans un premier temps, les Kaboulis ont ensuite pris le parti d'en rire. La dernière blague qui circule en ville raconte que lors d'une conference de presse, invité par un journaliste occidental à expli­quer pourquoi les femmes sont interdites d'antenne, le ministre de la Culture des Talibans, à court d'arguments théologiques, a répli­qué qu'ainsi, elles ne risqueraient pas de tomber des téléviseurs pendus.

« Les Talibans édictent des décrets ubuesques. Sous leur tutelle, il se produit des choses invraisemblables : les Kaboulis les ont aussitôt associés à mollah Nasruddine, un personnage célèbre dans tout l'Orient pour ses agissements absurdes qui le ridiculi­sent en permanence, note 1'historien afghan Assem Akram, spé­cialiste de 1'histoire contemporaine de son pays (1). Comme sous tous les pouvoirs totalitaires, poursuit-il, l'humour permet de réduire les tensions. Quand ces pouvoirs sombrent dans l'idéologie et prétendent encadrer tous les aspects de la vie quotidienne, cet humour s'en trouve décuplé ! Les Kaboulis se moquent des Tali­bans, ils se moquent aussi de l'islam des Talibans, ou plutôt de la vision que les Talibans ont de l'islam. »

 

Depuis longtemps, les Afghans ont coutume de se réfugier dans la dérision: « Ils ont été muselés par le roi, puis par les commu­nistes, ensuite par la résistance islamique, affirme Assem Akram. Leur marge de liberté était réduite à l'espace privé : là, ils ont pris l'habitude de parler. Les paroles s'en vont avec le vent... » Pour­tant, quand ils croyaient encore en la Résistance, les Afghans étaient très chatouilleux sur le chapitre de la dérision: « Au milieu de l'anarchie qui régnait en 1991, la région de Peshawar a vu fleurir plusieurs publications dites libres et independantes qui ont osé caricaturer les chefs de la résistance: cet humour n'etait pas apprécié. Quand ces mêmes chefs ont pris le pouvoir en 1992 et ont commencé à se battre entre eux, leur image de marque s'est détériorée: les Afghans les ont alors pris pour cibles de leurs sar­casmes. Depuis, l'humour afghan, quoiqu'interdit, ne s'est plus tari », ajoute 1'historien.            

 

Djénane Kareh Tager

 

1) Assem Akram vient de publier, aux éditions Balland, une excellente « Histoire de la guerre d'Afghanistan ».

 

 

 Books - Bio - Gallery- Articles - Home - Contact