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Assem Akram |
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عاصم اکرم |
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Etats-Unis et monde musulman ; « L’Actualité religieuse », mars 2003 Sam versus Islam Annoncée, la Guerre d'Irak risque d'accroître le fossé entre deux mondes. Comment, de part et d'autre, on se perçoit... L’islam vu d’Amérique par Assem Akram* L es évènements qui ont suivi les attentats terroristes du mardi 11 septembre 2001 aux Etats-Unis ont déclenché une vague de sentiments xénophobes, principalement dirigés contre des personnes originaires des pays moyen-Orientaux et/ou de confession musulmane, ou en tout cas perçues comme telles. Cette dernière nuance est de taille, les actes de vandalisme ou de violence physique et verbale s'étant manifestés le plus souvent sur la base du seul délit de faciès. D'ailleurs, les premières victimes en furent des sikhs dont la barbe et le turban évoquaient pour certains l'image d'Oussama Ben Laden, flanqué de son lieutenant Ayman Al-Zawaheri, projetée a longueur de journée sur les écrans de toutes les télévisions américaines. Cette erreur d'identité est symptomatique de l'état d'esprit qui régnait au lendemain du fameux « 9 / 11 ». Ignorant le fait que la plupart des Etats arabes et musulmans ont été les premières victimes des mouvements extrémistes terroristes, l'Amérique, choquée et blessée dans son amour propre, s'est jetée dans une surenchère frénétique de manifestations patriotiques, débordant parfois sur le racisme. Face à cette atmosphère menaçante, et répondant en quelque sorte aux propos du président Bush - « Vous êtes avec nous ou contre nous » -, les Arabo-musulmans, soucieux de dissiper toute suspicion de sympathie avec l'ennemi, ont fait montre de leur fidélité à l’oncle Sam. Veillées aux chandelles, drapeaux et autocollants sur les voitures, devant les porches, au revers de la veste, pleines pages de publicité... c'était à qui était le plus américain ! James Zogby, un américain d'origine arabe, dirigeant un institut de sondage qui porte son nom et avocat des intérêts des « Arabes Américains », fit la tournée des plateaux de télévision pour dénoncer les préjugés de l'Américain moyen et s'en prendre aux politiciens et aux journalistes qui posaient insidieusement I'équation : « Arabe égal musulman égal terroriste. » Les appels au calme du président américain, son passage dans une mosquée de Washington et ses rappels que l'islam est une religion « pacifique qui respecte autrui » ont contribué à calmer les esprits. Selon un sondage de novembre 2002, 56 % des Américains affirmaient être plutôt tolérants vis-à-vis de ceux qui leur sont culturellement différents. Bush prit également soin de se distancer des célèbres « télé évangélistes » Jerry Falwell, Pat Robertson et Franklin Graham qui, dans un exercice de feux croisés, s'attaquèrent a 1'islam pour le qualifier de « religion du mal », insistant sur son caractère « violent ». Outre le fait que près de sept millions d'Américains sont de confession musulmane et qu'ici chaque vote compte - les prochaines présidentielles sont proches ! -, si 1'Administration Bush venait à donner, ne serait-ce que le plus petit signe d'acquiescement aux thèses ouvertement hostiles à I'islam, les conséquences internationales en seraient désastreuses. Washington, déjà largement accusé a travers le monde arabomusulman de mener une politique moyen-orientale déséquilibrée favorisant Israël, doit a présent tenter de convaincre les gouvernements de la région que son insistance a mener la guerre contre 1'Irak de Saddam Hussein n'a rien à voir avec le fait qu'il s'agisse d'une nation islamique. Si la diplomatie américaine peut trouver les arguments nécessaires pour convaincre ses vis-à-vis moyen-orientaux de la justesse de son action, en revanche elle n'est pas d'une grande efficacité quand il s'agit d'influencer le peuple des bazars, des campus et des mosquées, toujours plus prompt a s'emporter. Le recours à la diplomatie invoqué par Washington face aux révélations nord-coréennes d'aboutissement d'un programme nucléaire militaire, n'ont fait que verser de 1'eau au moulin de ceux qui affirment que la superpuissance américaine pratique la politique du « deux poids, deux mesures » quand il s'agit du monde arabo-islamique. Nul doute que cette perception, justifiée on non, va bénéficier à ceux-là même que George W. Bush voulait éliminer au nom de « la guerre contre la terreur », en même temps qu'elle affaiblira les gouvernements des pays musulmans qui s'étaient engagés de bon coeur aux cotes des Etats-Unis et de 1'Occident dans la lutte contre un phénomène - le terrorisme d'inspiration islamiste - dont ils ont été les premières victimes. (*) Historien d'origine afghane installé aux Etats-Unis, docteur de la Sorbonne, il a notamment publié une magistrale Histoire de la guerre d’Afghanistan (Balland, nouvelle édition 2002), ainsi qu'un roman, Ocre fatale, ayant pour cadre la guerre d'Afghanistan, (Balland, 2001).
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