Assem Akram

عاصم اکرم

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Alain Chevalerias -  Politique Internationale, été 1997

HISTOIRE DE LA GUERRE D'AFGHANISTAN Assem Akram

 

L'ironie de 1'Histoire veut que le drapeau rouge fût descendu des tours du Kremlin le 27 décembre 1991, douze ans, jour pour jour, après 1'invasion de 1'Afghanistan par les Soviétiques. Clin d'oeil symbolique qui nous rappelle le rôle joue par les Afghans clans 1'effondrement de 1'empire des Soviets.

 

Au lendemain de l'intervention russe, on ne donnait pourtant pas cher de la peau de ce petit pays. A I'époque, Gérard Chaliand, analyste de grande réputation, estime que : « d'ici à quelques mois, il est fortement probable que 1'URSS aura avec brutalité détruit la capacité offensive de la résistance afghane (...). Les troupes soviétiques n'entrent pas dans un territoire pour le quitter sans victoire, même en sauvant la face. Sans doute 1"LRSS vient-elle de faire passer l'Afghanistan dans son glacis pour longtemps ».

 

C'était évidemment compter sans les faiblesses cachées de I'Union soviétique. Avouons toutefois que nombre d'observateurs se sont trompés et ont, obnubilés par le manque d'organisation et d'unité politique des Afghans, sous-estimé leur courage et leur opiniâtreté. Le livre d'Assem Akram, docteur en histoire contemporaine de l’Université française, né dans une famille de diplomates afghans, a le mérite de nous etpiiyuer les raisons de ce paradoxe : comment la seconde puissance mondiale a-t-elle pu perdre pied en Afghanistan?

 

Tout l’échec du communisme afghan réside, au départ, nous explique 1'auteur, dans ce qu"il n'a pas su appréhender la réalité afghane, celle des provinces, des cam­et des villages. » Les Soviétiques attentifs certes a leurs propres intérêts stra­tégiques intervinrent directement pour soutenir un régime arm qui manquait de s'effon­drer  sous la poussée d'un peuple en ébullition. Il n'était alors question que d"une réaction de défense de 1'islam, mis à mal par les dirigeants communistes. L'arrivée du corps expéditionnaire soviétique, loin de calmer le jeu, eut pour effet de fouetter les énergies en associant, dans 1'esprit de l'écrasante majorité des Afghans, la défense du territoire national à celle de la religion.

 

Encore faut-il admettre que les Américains avaient eux-mêmes, dans le passé, commis ces erreurs. Et qu’en facilitant involontairement la pénétration politique soviétique, ils avaient frayé la voie à I'Armée rouge. En 1953 puis en 1958 en effet, Daoud Khan, cousin du roi et premier ministre avait demandé à Washington de lui fournir des armes pour faire face à un éventuel conflit avec le Pakistan voisin. A la suite du refus des Américains, qui préféraient réserver leur aide a Islamabad, il se tourna vers Moscou (où furent formés les officiers afghans). Il n'est. dès lors, guère étonnant que. dans les années 70, l’armée afghane soit devenue le fer de lance de la révolution com­muniste.

 

Le comportement américain apparaît d'autant plus incompréhensible que, comme le fait remarquer Assem Akram, « dans la stratégie d’encerclement et de "containment" de l’Union soviétique, c'était l’Afghanistan qui se trouvait géographiquement en première ligne et non le Pakistan». Washington commit une autre maladresse des le début des années 80: en sous-traitant la question de l'aide a la résistance afghane aux services secrets pakistanais, I'administration Reagan soutint essentiellement les partis les plus Islamistes, à commencer par le Hezb-e-islami d'Hekmatyar.

 

Plus grave: 1'Amerique ouvrait aussi la porte des maquis a ceux que I'on appe­lait alors les « Arabes », extrémistes musulmans en quête de romantisme identitaire. Plus tard, de retour dans leurs pays, en Algérie, en Egypte, voire en France, ces derniers se rebaptisèrent « Afghans » et constituèrent dorénavant 1'encadrement de base des réseaux terroristes. Pourtant, les propos de l’un d'eux, Abdoullah Ezam, un Frère musulman palestinien, auraient dû éveiller les soupçons de Washington. L'homme pla­çait en effet sur le même plan 1'obligation coranique des cinq prières journalières et le jihad: il estimait, de surcroît, que tous les musulmans devaient, quels que fussent les circonstances et leur éloignement géographique ou culturel, contribuer, au nom de l’islam à la libération de la terre afghane. De l’Algérie à la Bosnie, en passant par la Palestine, on sait désormais à quelles extrémités conduit pareille philosophie.

 

Dans ce  livre, si enrichissant à bien des égards, on s'étonnera de la sévérité de l’auteur à 1’égard d'Ahmad Shah Massoud, le «lion du Panshir». Si M. Akram lui reconnaît des qualités de stratège, il lui reproche d'avoir monopolisé les mines de lapis-lazuli et d'émeraudes. Il convient pourtant de remarquer que, contrairement à certains «fonctionnaires» de la résistance basés au Pakistan, qui s'enrichirent aux dépens de leurs compatriotes, Massoud ne tira aucun profit personnel de ce commerce dont il consacra les revenus à l'entretien de ses hommes.

 

Reste qu'avec franchise et tristesse, Assem Akram dresse un amer constat auquel nous souscrivons : «Les moudjaheddines afghans ont su résister et libérer leur pays de la domination soviétique... mais ils n'ont pas su construire la paix, et sont aux prises avec les démons hérités de la guerre. »

 

Alain Chevalerias

 

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